Cabinets de Curiosités, Musées et Scénographie
Une pièce ou un meuble où l’on vient entreposer une collection privée
Cabinets de curiosités, musées et scénographie#
I. Le cabinet de curiosités#
Définition#
Un cabinet de curiosités est une pièce ou un meuble dans lequel on entrepose une collection privée d’objets rares, précieux, étranges ou étonnants.
| Objectif | Explication |
|---|---|
| Symbole de puissance et de richesse | La collection montre la culture, la richesse et le pouvoir de son propriétaire. |
| Espace d’étude et d’émerveillement | Le cabinet permet la contemplation, la connaissance et l’émerveillement. Le terme « scientifique » reste toutefois un peu anachronique pour cette période. |
Les cabinets de curiosités se développent jusqu’au XVIIIᵉ siècle. Ils peuvent être considérés comme une forme de pré-musée privé, avant l’apparition du musée public.
À retenir : le cabinet de curiosités est à la fois un lieu de collection, de prestige, de contemplation et de connaissance.
II. Évolution de la notion de scénographie#
1. Une définition qui varie dans le temps#
La scénographie est l’art de mettre en scène un contenu et de le mettre en relation avec un public, dans un espace donné.
Elle ne sert pas uniquement à décorer un lieu. Elle permet également de transmettre un message autour des œuvres :
- un concept ;
- un propos ;
- une interprétation ;
- parfois un message politique.
Aujourd’hui, la scénographie cherche aussi à immerger le visiteur dans une expérience. On parle alors de scénographie immersive.
La scénographie en quelques mots#
| Élément | Rôle |
|---|---|
| Contenu | Œuvres, objets, informations ou spectacle à présenter |
| Espace | Lieu dans lequel la présentation est organisée |
| Public | Personnes auxquelles le contenu est destiné |
| Message | Idée, discours ou intention transmis par la mise en scène |
| Expérience | Manière dont le visiteur découvre et ressent le contenu |
2. Origines du terme#
En Grèce antique, le mot scénographie vient de :
| Terme grec | Signification |
|---|---|
| Skené | La scène |
| Graphia | Écrire ou représenter |
À l’origine, la scénographie peut donc signifier :
- écrire une pièce ;
- peindre les décors de scène.
Au fil de l’Histoire, elle connaît un va-et-vient entre le théâtre et la peinture. Dans le domaine de la peinture, elle correspond notamment à l’« art de représenter en perspective ».
3. Les grandes étapes de son évolution#
| Période | Évolution de la scénographie |
|---|---|
| Grèce antique | Écriture des pièces et représentation des décors de scène |
| Au fil de l’Histoire | Relations étroites entre théâtre et peinture |
| Début du XXᵉ siècle | Retour important de la scénographie dans le domaine du théâtre |
| Années 1950 | Le terme « scénographe » remplace progressivement celui de « décorateur » |
| Années 1960 | Extension aux musées et à l’art contemporain |
| Années 1980 | La scénographie devient un métier à part entière |
| Aujourd’hui | Utilisation dans l’événementiel, le commerce et les expériences immersives |
Dans les années 1960, les expositions sont pensées selon un véritable scénario. Le parcours du visiteur développe un discours : c’est la naissance de la scénographie d’exposition.
4. Les domaines actuels#
La scénographie ne concerne plus seulement le spectacle et les expositions. Elle est également utilisée dans :
| Domaine | Définition ou exemple |
|---|---|
| Événementiel | Organisation de l’espace et de l’expérience lors d’un événement |
| Retail design | Conception et aménagement des espaces commerciaux |
| P.L.V. | Publicité sur le lieu de vente |
| Merchandising visuel | Présentation des produits dans un magasin |
| Scénographie immersive | Création d’une expérience qui implique pleinement le visiteur |
Idée essentielle : la scénographie est passée d’une fonction de décor à une fonction de mise en récit, puis d’immersion.
III. Le musée : quelques éléments de contexte#
1. Définition#
Le musée est un lieu dans lequel on conserve et on expose une collection d’œuvres ou d’autres artefacts.
L’idée moderne du musée émerge au XVIIIᵉ siècle, lorsqu’il devient une institution :
- publique ;
- ouverte au public.
2. Les missions du musée#
| Mission | Rôle |
|---|---|
| Conservation | Garder les œuvres dans de bonnes conditions |
| Préservation du patrimoine | Protéger les traces matérielles du passé |
| Éducation | Transmettre des connaissances au public |
| Études | Permettre la recherche et l’analyse des œuvres |
Au cours du XIXᵉ siècle, les musées se développent et se spécialisent.
| Types de musées | Domaines concernés |
|---|---|
| Musées d’art | Peinture, sculpture, arts décoratifs |
| Musées de sciences naturelles | Faune, flore, géologie |
| Musées d’histoire et d’archéologie | Civilisations et périodes historiques |
| Musées des sciences et techniques | Inventions, machines et découvertes |
| Musées d’ethnographie | Cultures et modes de vie des populations |
Définition : la cimaise#
Une cimaise est un élément de cloison ou de mur servant de support pour l’accrochage et la présentation des œuvres.
IV. L’institutionnalisation du musée et la naissance de l’histoire de l’art#
1. Le musée devient une institution#
Le musée devient progressivement quelque chose de reconnu et bien défini dans la société. Il devient une institution au même titre que la religion, les entreprises ou d’autres institutions sociales.
En tant qu’institution, il s’affirme de plus en plus comme :
un lieu d’éducation du peuple et un lieu de sciences.
Cette évolution entraîne une nouvelle manière de gérer les collections. Les œuvres sont :
- publiées ;
- classées ;
- organisées.
Au Louvre, chaque aile ou chaque salle peut ainsi être consacrée à une période, une école ou une zone géographique particulière.
2. Un parcours plus didactique#
Le parcours de visite devient progressivement plus didactique. Le but n’est plus seulement de montrer le plus grand nombre possible de chefs-d’œuvre d’un seul coup.
Il s’agit désormais de construire un parcours chronologique permettant au visiteur de comprendre l’évolution de l’art.
| Ancienne logique | Nouvelle logique |
|---|---|
| Montrer beaucoup de chefs-d’œuvre | Construire un parcours organisé |
| Mettre en avant les œuvres isolées | Les replacer dans une période |
| Raconter la vie des artistes | Étudier l’évolution des styles |
| Accumuler les tableaux | Éduquer le visiteur |
3. De l’histoire des peintres à l’histoire de l’art#
Avant cette institutionnalisation des musées et l’apparition de l’histoire de l’art comme discipline, on parlait surtout de l’histoire des peintres ou de l’histoire des artistes.
Faire l’histoire de l’art consistait alors principalement à :
- raconter la vie des artistes ;
- rédiger des biographies ;
- mettre en avant leur génie individuel ;
- présenter leurs chefs-d’œuvre.
Avec la chronologie, le regard change. On s’intéresse davantage à :
- l’évolution des styles ;
- les liens entre les œuvres ;
- les ruptures entre les périodes ;
- les différentes écoles artistiques. > Passage essentiel : > histoire des artistes → biographies et génie individuel > histoire de l’art → périodes, styles, évolutions, liens et ruptures
La naissance de l’histoire de l’art et la transformation des musées se font donc dans un même mouvement. La volonté éducative des musées entraîne la classification des œuvres et la création de parcours chronologiques.
V. L’accrochage dans le Salon Carré du Louvre#
1. L’accrochage de 1920#
L’accrochage de 1920 se caractérise par un certain allègement. Les œuvres sont moins serrées, ce qui crée une respiration entre les tableaux et permet une contemplation sans parasitage du regard.
Henri Focillon, historien de l’art, préconise notamment de ne pas dépasser deux rangs de tableaux.
| Caractéristique | Fonction |
|---|---|
| Allègement des murs | Créer davantage d’espace entre les tableaux |
| Respiration visuelle | Faciliter la contemplation |
| Deux rangs maximum | Éviter une accumulation trop importante |
| Regroupement par période | Présenter une évolution chronologique |
| Regroupement géographique | Rassembler les œuvres selon leur zone d’origine |
Les œuvres sont donc regroupées selon leur période et leur zone géographique. Cette organisation correspond à la nouvelle fonction éducative du musée.
2. Les cimaises rouges#
Les cimaises rouges sont dégagées. Le rouge et l’or rappellent le faste napoléonien des années 1860.
Cette couleur possède deux fonctions :
| Fonction | Explication |
|---|---|
| Pratique | Le rouge fait ressortir les tableaux |
| Politique et symbolique | Il rappelle le prestige et le faste du pouvoir napoléonien |
Il faut toutefois préciser que le message politique concerne surtout le contexte des années 1860, et non directement celui de 1920.
3. Un accrochage lié à l’institutionnalisation#
L’accrochage de 1920 s’inscrit dans un contexte où les musées deviennent des institutions d’éducation et de science.
La présentation des œuvres doit donc permettre au public de suivre un parcours :
didactique + chronologique = comprendre l’histoire de l’art
L’accrochage n’est plus seulement décoratif. Il transmet un savoir et organise la manière dont le visiteur regarde les œuvres.
VI. Le Salon Carré aujourd’hui#
1. Une salle davantage allégée#
Une vidéo présente l’état actuel du Salon Carré après d’importants travaux. Les étudiants remarquent que la salle semble :
- plus minimaliste ;
- plus aérée ;
- plus centrée sur chaque œuvre ;
- plus harmonieuse visuellement.
La comparaison avec 1920 est particulièrement importante :
| Vers 1920 | Aujourd’hui |
|---|---|
| Environ 50 cm entre les œuvres | Plusieurs mètres entre certaines œuvres |
| Mur très rempli | Moins d’œuvres présentées |
| Impression de mur couvert de tableaux | Chaque œuvre est davantage individualisée |
| Œuvres plus proches les unes des autres | Œuvres fortement isolées |
On passe donc d’un mur d’œuvres à un accrochage centré sur chaque œuvre.
2. Une nouvelle relation aux œuvres#
L’espace entre les tableaux crée une véritable respiration. Les œuvres semblent aller ensemble sans se déranger et l’harmonie visuelle est renforcée.
Elles sont également isolées comme des objets presque uniques, comparables à des icônes religieuses que l’on contemple silencieusement, sans être perturbé par les œuvres voisines.
Cette présentation permet de mieux se concentrer sur chaque tableau, mais elle réduit aussi le nombre d’œuvres visibles en même temps.
3. Le rôle de la couleur#
Les murs ont été repeints dans une couleur beaucoup plus neutre.
Ce choix peut s’expliquer par la volonté de :
- mieux faire ressortir les tableaux ;
- éviter que la couleur du mur ne domine les œuvres ;
- créer une ambiance plus harmonieuse.
Le rouge pouvait parfois donner l’impression d’écraser les œuvres. Le choix d’une couleur neutre semble donc adapté à la nature des tableaux présentés, notamment dans une salle consacrée à la Renaissance.
4. Les cimaises mobiles#
L’espace a également été découpé grâce à des cimaises mobiles. Elles créent un recoin au milieu de la salle et modifient le parcours du visiteur.
| Fonction des cimaises mobiles | Effet produit |
|---|---|
| Découper l’espace | Création de petits espaces plus restreints |
| Modifier le parcours | Le visiteur est orienté vers certains endroits |
| Guider le regard | La scénographie attire l’attention sur certaines œuvres |
| Isoler les tableaux | Présentation de deux ou trois œuvres à la fois |
Cette disposition semble avoir été travaillée pour amener les visiteurs à un endroit précis. Le visiteur ne découvre donc pas seulement les œuvres : il est aussi guidé dans sa manière de les parcourir et de les regarder.
VII. Question de réflexion : rupture ou continuité ?#
Les transformations du Salon Carré posent une question : s’agit-il d’une véritable rupture avec l’accrochage ancien ou d’une évolution des principes déjà mis en place au début du XXᵉ siècle ?
Une évolution#
La salle a été :
- modernisée ;
- allégée ;
- rendue plus respirante ;
- organisée autour d’un nombre réduit d’œuvres.
Une continuité#
Le principe général reste cependant très traditionnel. Le Louvre n’a pas été complètement repensé : le visiteur suit toujours un parcours classique de découverte des œuvres.
| Continuité | Évolution |
|---|---|
| Accrochage dans un musée classique | Moins d’œuvres présentées |
| Parcours organisé | Espacement plus important |
| Œuvres exposées sur les murs | Couleurs plus neutres |
| Logique de présentation traditionnelle | Cimaises mobiles et parcours guidé |
On peut donc parler à la fois de continuité et d’évolution. La scénographie actuelle ne bouleverse pas totalement l’accrochage traditionnel, mais elle modifie le rapport du visiteur aux œuvres en les isolant davantage et en favorisant une contemplation individuelle.
Question ouverte : la scénographie contemporaine du Salon Carré rompt-elle réellement avec la tradition, ou prolonge-t-elle les évolutions commencées au début du XXᵉ siècle ?
Synthèse générale#
| Notion | Idée principale |
|---|---|
| Cabinet de curiosités | Collection privée montrant la culture, la richesse et le pouvoir |
| Scénographie | Mise en scène d’un contenu pour créer un message et une relation avec le public |
| Musée | Institution publique de conservation, d’éducation et d’étude |
| Institutionnalisation | Classement, organisation et présentation chronologique des œuvres |
| Histoire de l’art | Passage des biographies d’artistes à l’étude des périodes, styles et ruptures |
| Salon Carré | Accrochage progressivement allégé, avec des œuvres davantage isolées |
| Cimaise | Support mural ou cloison servant à présenter les œuvres |